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Portfolio

Captain America #1 (mars 1941), par Joe Simon
Extrait de Captain America #2 (avril 1941), par Jack Kirby
Les visuels et illustrations sont © leurs auteurs respectifs.

Dieu et les comics : De l’existence de Dieu dans un monde de super-héros - 2e partie

APRÈS avoir fait état dans une première partie de la très discrète présence de Dieu au sein des univers Marvel et DC, intéressons-nous aux raisons qui pourraient expliquer cette grosse frilosité à l’égard de la question religieuse. Où l’on apprendra que Jack Kirby est Dieu en vrai, que Stan Lee et Friedrich Nietzsche auraient eu bien des choses à se dire et que la bonne morale du Comics Code Authority a bien joué son rôle d’appauvrissement culturel.

C’est au sein de ces familles immigrées que naîtront Jerome « Jerry » Siegel, Joseph « Joe » Shuster, les créateurs de Superman, Jacob Kurtzberg (Jack Kirby), Stanley Martin Lieber (Stan Lee), pour ne citer que les créateurs les plus emblématiques de super-héros. S’il peut exister d’autres raisons, il est probable que l’absence de réponse divine aux supplications de centaines de milliers de croyants confrontés à l’horreur faite homme a eu un impact déterminant pour tous ces jeunes créateurs.

Captain America #2 (avril 1941), par Joe Simon {JPEG}Traumatisés par la situation en Europe, nos jeunes créateurs ont pu tenter d’apporter une réponse à la désertion de Dieu, ou à son désintérêt manifeste, en créant leur propre univers, berceaux de ces être hors normes, prêts à se sacrifier pour défendre le genre humain. Ainsi, ces créateurs ont, consciemment ou non, placé la destinée de l’humanité entre ses propres mains et non plus dans l’attente d’une intervention, ou d’une punition, divine. Ils ont replacé l’homme au cœur du monde et, via les super-héros, lui ont donné les moyens de rétablir le Bien et de punir le Mal. Captain America, plus que tout autre super-héros, symbolise à mon sens cet état d’esprit. Steve Rogers est à l’origine un jeune homme chétif, volontaire pour recevoir le traitement qui le transformera en un super-agent des forces américaines. Durant ses premières aventures, le bien nommé Captain America aura plusieurs fois l’occasion d’aller combattre les Nazis sur leur propre territoire, avant même l’intervention des forces Alliées en juin 1945.

Le super-héros, un surhomme en spandex ?

Caricature du surhomme de Friedrich Nietzsche {GIF}L’homme maîtrise alors la Nature grâce à la science et s’élève au-dessus de sa condition pour rétablir ce qu’il estime être l’équilibre moral et éradiquer l’expansion du Mal. Le parallèle avec la théorie du surhomme de Friedrich Nietzsche, développée dans son poème philosophique Ainsi parlait Zarathoustra est dès lors assez tentante ; elle mérite néanmoins d’être explicitée dans le détail. Dans sa logique d’éternel retour, Nietzsche avance l’idée que l’univers étant infini, et les forces qui le peuplent étant en nombre fini, l’Histoire est inévitablement appelée à se répéter. C’est dans ce cadre qu’il développe la théorie du surhomme qui, par l’exercice de sa seule volonté, fera en sorte qu’il pourra revivre chaque instant de son existence sans aucun regret. Nietzsche enjoint donc l’homme à s’extirper de sa condition de croyant, par exemple, pour devenir ce surhomme. Il ne s’agit pas littéralement d’un être plus puissant physiquement ou intellectuellement, mais d’un être qui par la seule force de sa volonté refuse de voir cette tragédie se reproduire. En cela, les super-pouvoirs de ces premiers super-héros peuvent symboliser cette maîtrise ultime de leur volonté.




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