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Captain America #1 (mars 1941), par Joe Simon
Extrait de Captain America #2 (avril 1941), par Jack Kirby
Les visuels et illustrations sont © leurs auteurs respectifs.

Dieu et les comics : De l’existence de Dieu dans un monde de super-héros - 2e partie

APRÈS avoir fait état dans une première partie de la très discrète présence de Dieu au sein des univers Marvel et DC, intéressons-nous aux raisons qui pourraient expliquer cette grosse frilosité à l’égard de la question religieuse. Où l’on apprendra que Jack Kirby est Dieu en vrai, que Stan Lee et Friedrich Nietzsche auraient eu bien des choses à se dire et que la bonne morale du Comics Code Authority a bien joué son rôle d’appauvrissement culturel.

APRÈS le rapide examen de la première partie de cet article, il faut se rendre à l’évidence : si la présence de Dieu dans les univers Marvel et DC n’est pas tout à fait nulle, elle reste néanmoins très difficile à établir. Au-delà de la relative inutilité de Dieu dans un monde de super-héros, cette deuxième partie va tenter d’apporter une explication sur son absence, dès la création des premiers comics. Ou comment la question de Dieu a été évacuée dès le Golden Age.

Jack « God » Kirby

Jack Kirby, The-One-Above-All - autoportrait {GIF}Mais avant d’avancer ces explications, je reviens un instant sur le cas de cette autorité supérieure à laquelle le Tribunal Vivant (Strange Tales #157 - 163 (Juin. - Déc. 1967), ainsi que le Gardien Uatu (Fantastic Four 1968) font référence. Si la présence du One-Above-All est évoquée dès la fin des années 60, il faudra attendre le numéro #511 de mai 2004 de la série Fantastic Four pour découvrir sa véritable identité. Alors qu’ils foulent les jardins du Paradis à la recherche de l’âme de Ben Grimm, Reed Richard, sa femme Sue et Johnny Storm font connaissance avec leur Créateur au sens le plus littéral puisqu’ils le découvrent sous les traits de... Jack Kirby. Le fait que Mark Waid, scénariste de la mini-série, ait opté pour cette pirouette résume assez bien le problème de la représentation, sinon de l’existence, de Dieu dans l’univers Marvel. La boutade est amusante et la scène de mise en abîme plaçant les 4 Fantastiques sous le crayon de Kirby (du regretté Mike Wieringo en l’occurence) est effectivement mémorable, mais confirme à mon sens l’idée que le Dieu Unique n’a définitivement pas droit de citer dans les pages de ces comics [1]. Comme si, au-delà du gag, le comics était structurellement incapable de traiter sérieusement la question de l’existence de Dieu. Et voici peut-être une partie de l’explication. Remontons pour cela au Golden Age du comics, à l’origine même de la création des super-héros.

Dieu aux abonnés absents

Superman #17 (juillet-août 1942) {JPEG}L’« âge d’or » du comics correspond essentiellement à la période comprise entre la fin des années 30 au début des années 50. Les lecteurs assistent alors à la naissance de personnages qui conservent aujourd’hui plus que jamais leur statut d’icône. Superman, Batman, Captain America, Wonder Woman, Captain Marvel... autant de personnages dont le succès résume bien l’engouement du public pour ces héros d’un nouveau genre.

On peut trouver la raison du succès de ces parutions par la réponse de leurs auteurs au contexte politique international. 1933, Hitler accède à la Chancellerie et met immédiatement en place les camps d’internement et fait voter une série de loi discriminantes pour l’ensemble de la communauté juive d’Allemagne, de Pologne et de tous les pays limitrophes, avec les conséquences historiques que l’on connaît. L’une de ces conséquences sera l’émigration massive des milliers de familles juives vers les États-Unis.


Notes

[1] Alan Moore utilisa le même procédé dans Supreme : The Return #6



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