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Portfolio

Blade of the Immortal vol.2 - Hiroaki Samura
Blade of the Immortal vol.2 - Hiroaki Samura
Blade of the Immortal vol.2 - Hiroaki Samura
Blade of the Immortal vol.2 - Hiroaki Samura
Blade of the Immortal vol.2 - Hiroaki Samura
Les visuels et illustrations sont © leurs auteurs respectifs.

L’Habitant de l’Infini : l’immortalité illustrée

L’HABITANT de l’Infini tient autant du récit initiatique que de la démonstration graphique. En plein Japon féodal, Hiroaki Samura dépeint le récit d’une vengeance ordinaire, sur fond d’une ère Edo hyperviolente. Et même si la dissolution progressive de la trame initiale peut rapidement perdre le lecteur, on reste fasciné par cette fresque aux mille et un personnages qui a su développer en filigrane une réflexion inédite sur l’immortalité.

C’est pourtant l’un des mécanismes consciemment admis dans le genre shonen. Malgré son invraisemblance, ce code permet une identification facile du lecteur à un idéal de valeurs héroïques, transformant le héros en une incarnation parfaite de la volonté de puissance ; un héros auquel l’immortalité n’apporterait rien de plus, du moins, si l’on a conscience du contrat tacite passé entre le lecteur et l’auteur, tous les deux soucieux de garder leur héros le plus longtemps en vie. C’est également le cas de Samura, reste qu’il aborde de manière plus frontale le problème du héros éternel en explicitant très clairement la raison de son immortalité. L’intelligence de l’auteur est alors de transformer ce don en véritable épreuve et de développer l’humanité d’un héros qui, par essence, n’a pourtant plus rien d’humain.

C’est ici que la série quitte définitivement les rails du shonen pour se rapprocher du seinen. Dès le départ, Samura choisit un meurtrier, expert dans son art et repenti par obligation. Puis l’auteur détériore rapidement les qualités de combattant de son personnage en lui faisant prendre conscience de sa maîtrise déclinante du sabre, du fait même d’une invulnérabilité qui ne l’a dès lors plus incité à se dépasser, à progresser. Là encore, Samura s’éloigne un peu plus des codes du shonen. Cette érosion du personnage, malgré sa condition exceptionnelle d’immortel, met alors en évidence sa médiocrité. Manji, isolé dans cette sphère où le temps et le danger sont comme suspendus, doit désormais se définir par ses actes et une morale absolue ou assumer la médiocrité de sa nature. Paradoxalement, ces questionnements sous-jacents rendent le personnage très humain

Le temps ne fait rien à l’affaire...

Un autre épisode de la série évoque ce rapport complexe de l’homme confronté à l’immortalité, complétant l’expérience de Manji face à ses limites. Au cours de leur vendetta, Lin et son protecteur rencontrent Eiku Shizuma, un autre immortel, vieux de 200 ans. Shizuma, au fil des dynastie tombées, des femmes et des amis enterrés, pensait pouvoir remplir son existence de ses seuls rêves de grandeurs. Lorsque son chemin croisa celui d’Anotsu Kagehisa,il entrevoit clairement le génie du très jeune fondateur du Itto-Ryu, mais pense qu’un tel idéal [1] est voué à l’échec, de par la mortalité de son leader. Aussi, souhaite-t-il renverser Anotsu et offrir au Itto-Ryu un leader immortel. Lui, en l’occurence.


Notes

[1] débarrasser l’art du sabre de ses archaïsmes, réunir les plus grands sabreurs sous sa seule bannière et éliminer les autres.



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