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Ron Marz, scénariste
Les visuels et illustrations sont © leurs auteurs respectifs.

La Mort et les super-héros : l’impossible repos du guerrier

LE sujet traînait dans un coin de ma tête depuis un moment déjà. Depuis trop longtemps visiblement puisque je me suis fait rattraper par l’actualité. Mais lorsqu’elle s’exprime par la voix de Ron Marz, scénariste actuel de Witchblade, pourquoi ne pas relayer et poursuivre la réflexion sur la place et l’impact de la mort dans les comics de super-héros ?

Elektra Lives Again - par Frank Miller {JPEG}C’est sans doute endémique aux histoires situées dans ces univers partagés. Vous n’avez aucun contrôle sur ce qu’il peut arriver à un personnage, mort ou vivant, une fois que vous passez le flambeau. Frank Miller voulait qu’Elektra reste morte lorsqu’il a écrit et dessiné ce qu’il considérait être sa dernière histoire : Elektra Lives Again. Apparemment, d’autres personnes chez Marvel ont pensé autrement, aussi Elektra vécu à nouveau. Et fût transformée en Skrull, ou un truc du genre.

Je comprends qu’il y a des profits derrière tout ça et un regain d’intérêt sur lequel capitaliser et, oui, il y a même des bonnes histoires à bâtir autour de ces morts. Mais pour moi, cela ressemble à de la triche, prétendre qu’il y a des conséquences permanentes à un état qui ne sera que finalement temporaire. Aussi, j’évite d’y recourir. Tous les personnages que j’ai tués, et il y en a eu un certain nombre, le sont restés, du moins aussi longtemps que j’étais aux commandes de la série.

Dans Witchblade, l’ancien partenaire de Sara Pezzini, Jake McCarthy, est mort. Il ne reviendra pas. De la même manière, Julie, la soeur de Sara, est morte, assassinée dans Artifacts #1, et elle ne se repointera pas non plus. La mort de Julie a visiblement généré un vrai choc à en juger par les retours que j’ai eus. Sans doute parce les lecteurs savent qu’avec moi, la mort est permanente.

Pour moi, c’est un contrat avec le lecteur : « Je n’ai pas l’intention de vous piéger ». Si j’essaie de provoquer un choc émotionnel, en tuant un personnage par exemple, je m’y tiendrai de la manière la plus réaliste possible, et je ferai en sorte que, comme dans la vraie vie, cet état soit permanent.

La Mort de Captain Marvel - par Jim Starlin {JPEG}Il a bien des années, je lisais « La Mort de Captain Marvel » par Jim Starlin. Une histoire vraiment efficace, qui résonne d’autant plus en moi aujourd’hui, après avoir assisté à la décomposition de mon père, ravagé par le cancer. Le trépas de Captain Marvel est l’un des rares événements auquel on n’a jamais osé retoucher, et je pense que la plupart des gens seront d’accord pour dire que ce récit reste l’un des plus mémorables. Je ne pense pas que ce soit une coïncidence. »

Le point de vue de Ron Marz est intéressant, même si, à sa décharge, on ne peut pas dire que les personnages qu’il ait fait disparaître aient été d’une importance capitale. Toutefois, si leur mort n’a pas bouleversé le fond des séries impliquées, elle a tout de même des conséquences sur l’évolution de leurs personnages principaux. Et c’est cet impact qui fait toute la différence avec les séries éditées par Marvel et DC.

À la lumière de ces quelques réflexions autour du genre super-héroïque, d’autres idées d’articles se manifestent d’elle-mêmes. Aussi, je vous donne rendez-vous pour la suite, où l’on abordera l’infantilisation du lectorat, entre autres, puis de la naissance des super-héros post-modernes.






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