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Walking Dead tome 3 : Sains et saufs
Walking Dead tome 4 : Amour et mort
Les visuels et illustrations sont © leurs auteurs respectifs.

The Walking Dead, la fin du monde social - 1re partie

DANS le climat de zombophilie actuel, on commence doucement à comprendre que ce qui se cache derrière notre engouement pour ces chères têtes pourries est bien notre intérêt pour les vivants. Plongé dans ces conditions extrêmes de survie, l’humain se révèle. Qui devient-on lorsque l’on a plus rien à perdre ? A quoi se réduit notre existence ? Le mot « société » a-t-il encore un sens ? Si oui, pour combien de temps ?

LA série Walking Dead est en passe de devenir un succès populaire. Qui dit « succès populaire » ne veut pas forcément dire « œuvre réduite au plus petit dénominateur commun ». Non, si la série de Robert Kirkman remporte autant l’adhésion, c’est bien parce qu’elle nous parle à tous, qu’elle touche quelque chose de commun chez chacun : notre intérêt pour l’espèce humaine. Kirkman est parvenu à faire de ce récit de genre une sorte d’anticipation sociale. Il aurait pu se passer des zombies [1], mais que voulez-vous ? C’est attachant des petites choses mortes. Il a donc préféré déplacer le projecteur sur les victimes humaines plutôt que de continuer à creuser le sillon dans lequel Romero a fini par s’enterrer : la critique sociale.

Walking Dead plonge donc un groupe d’humains au cœur de l’horreur : la Terre n’est plus qu’un cimetière à ciel ouvert où les morts se relèvent pour se nourrir des vivants. Une fois la surprise passée et les règles de survie intégrées, comment continuer à vivre ? Certains choisissent la mort (comme Carol dans le tome 7), rompant net toute chance de recréer le lien social (les égoïstes !), mais comment font les autres ? Quelles options leur restent-ils ?

L’homme, un loup parmi les zombies

Thomas Hobbes, 17<sup class="typo_exposants">e</sup> siècle, par John Michael Wright {JPEG}Le retour à l’état de nature, décrit par le philosophe Thomas Hobbes (1588-1679) dans son Traité des conventions sociales [2] est sans doute la première chose qui nous vient à l’esprit. En substance, le philosophe propose l’idée selon laquelle l’homme, placé dans un état de nature — cadre théorique d’un monde vide de toute loi ou autorité régissant l’ordre des choses —, jouit d’une totale liberté d’assouvir ses besoins dans la seule limite de ses moyens physiques. Autrement dit, dans ce cadre théorique, l’homme agit selon ses seules pulsions et selon son unique intérêt, donnant libre cours à une violence omniprésente, avec pour conséquence une domination des forts sur les faibles. Selon la formule, « l’homme devient un loup un pour l’homme » [3]. Il est donc tout à fait envisageable que Rick et son groupe de survivants, confrontés au plus grand danger de ce monde à l’agonie — l’homme lui-même — s’imaginent plongés dans cet état de nature où la loi du mieux armé est toujours la meilleure (et qui qu’il soit, je suis bien d’accord avec lui !).


Notes

[1] À l’image de la série Survivors diffusée sur BBC.

[2] Étude visant à comprendre ce que la société apporte à l’individu.

[3] Notons que la vision de John Locke - non, pas celui de Lost, mais un autre penseur du contrat social - sur cet état de nature est diamétralement opposée : il pense, contrairement à Hobbes, que l’homme est bon par nature.



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